- Lettre du 6 avril 1917 : de Claire cachée dans un colis, à l'intérieur d'une figue: Alfred est à 12 km de Toul pour faire des sondages pour trouver de l'eau potable pour les troupes et les habitants. Il a fait mobiliser avec lui ses chefs de chantiers et secrétaires de Pouancé. Malgré le pain rassis et la pénurie de certains vivres dont tu peux entendre parler nous vivons très bien. Les cartes de sucre nous suffisent largement, nous avons un peu de charbon, mais cet hiver on a manqué de tout, à l'île nous brûlons du bois de bateau. Nous pensons que tu exagères en parlant de 2 ans à rester en bochie car l'entrée en guerre de l'Amérique va bien avancer les choses, ils vont surtout nous donner de l'argent. Ouvre-t-on les colis devant toi ? Les anglais marchent très bien. Ils ont repris Noyon, Bapaume, Péronne et sont aux abords de St. Quantin.
- Lettre N° 157 du 8 avril 1917 : J'ai reçu ton 244 le 5 qui bien que cela ne me semble pas très brillant, m'a un peu rassuré sur l'état de santé de petit père. Tu me dis qu'il ne vous parle guère; la commotion a donc été si forte ? Que vous dit-il ? Heureusement qu'il ne souffre pas. Je voudrais bien avoir plus de détails et je souhaite bien vivement que tes prochaines nouvelles seront meilleures.
- Lettre du 8 avril 1917 : de sa mère Je pense que l'aumônier t'aura entretenu de ton père et que tu commences à être au courant de ce qui c'est passé. Il a donc expiré le 14 mars à 9h 1/2 du matin ; je le veillais avec une garde malade ; j'ai fait venir Claire et Marie, deux hommes sont venu l'habiller, il portait son ruban et la médaille de son pays. Il ne faisait pas impression à voir, on eut dit qu'il dormait, ses traits étaient si réguliers ! Pendant deux jours les visiteurs se sont succédés venant prier et me donner des témoignages de sympathie. J'ai eu toutes les nuits des personnes pour veiller, je me suis reposée. Alfred est arrivé le 17, il n'a pu revoir votre père. Marie s'était occupé de beaucoup de formalités ainsi que M-T. P. Le 18, dimanche la messe de 7h 1/2 a été dite à l'intention de ton père, puis à 8h 1/2 le clergé est venu faire la levée du corps pour aller à l'église donner l'absoute et se rendre au bateau qui est parti vers 9h. Mrs. Charicau, Nolleau, Nicolas, Hubault, Seyrat tenaient les coins du drap. Nous avons pris le bateau tous quatre et M-T.P., qui est retournée aussitôt, nous sommes rendus de Fromentine à Challans en voiture, avons pris le train à 17h, à Nantes à minuit et étions à Paris le 19 à 8h du matin et à Champagne à 15 heure. Dans le 39 tu trouveras le tabac que tu aimes et dans le 40, parti le 6, des figues. Il fait encore froid, Marie et Guite ne viendront que mercredi.
L'inhumation eut lieu à Champagne sur Seine le 22 mars 1917 à 15 h. Pendant les mois qui vont suivre, il sera beaucoup question du décès de Petit Père dans le courrier que recevra Louis.
- Lettre du
8 avril 1917 : de
son frère, Alfred . Tu auras appris
avant cette lettre le malheur qui vient de nous frapper et que
nous avons voulu t'apprendre le moins brutalement possible, songeant
que tu le ressentirais plus cruellement loin de nous, sans affection
près de toi pour t'aider à le supporter, bien peinés
tous à cette pensée que nous ne pourrions autrement
que par nos lettres essayer de soulager ta peine. Car, si nous
avons bien pleuré notre cher disparu et le pleurons encore,
sois bien sûr, mon cher Louis, que notre peine s'est accrue
de la tienne et que tous nous avons beaucoup pensé à
toi. Puisse notre affection te réconforter et t'aider à
supporter cette épreuve. Nous sommes de coeur avec toi
et nous nous proposons bien de faire tous nos efforts pour te
faire oublier au milieu de nous les souffrances de la captivité.
Nous voulons te choyer, nous voulons que tu te sentes partout
et toujours chez toi où nous serons, nous voulons te prouver
que nous t'aimons davantage pour avoir été longtemps
privés de toi. Cette mort si inattendue nous a causé
beaucoup de chagrin. On sent mieux combien on est attaché
aux siens lorsqu'on les perd ! Quel appui, quel conseil nous perdons
en effet mon pauvre Louis ! Ce pauvre père à qui
nous devons tous, avait si bien l'expérience des gens et
des choses. Marie (qui est toujours un ange !) fait de son mieux
pour me consoler et c'est un grand réconfort pour moi de
la sentir partager si sincèrement et si
entièrement ma peine. Quant à notre pauvre maman,
elle semble supporter assez courageusement cette épreuve.
Elle m'écrit qu'elle s'entend très bien avec Claire,
qui est bien dévouée pour elle. J'en suis bien heureux
car Claire était toujours restée la petite fille
gâtée, qui faisait ce qu'elle voulait et assez personnelle.
J'espère que le chagrin va lui mûrir un peu l'esprit
et l'inciter à se montrer plus prévenante et plus
affectueuse pour notre pauvre mère. En attendant de venir
te réconforter à notre foyer où nous serons
si heureux de t'avoir, j'espère que tu as de bons camarades
et qu'ils sauront adoucir un peu ta peine. Aie confiance en Dieu,
mon cher Louis, qui te récompensera de tes souffrances.
Pense que je ne t'oublie pas bien que je n'aie pas le temps de
t'écrire souvent et aie confiance et patience. En attendant
de tes bonnes nouvelles, je t'embrasse bien fort de tout coeur
et suis toujours ton grand frère tout dévoué.
- Lettre N° 158 du 15 avril 1917 : Je dois avouer que je commençais à lire entre les lignes ; aussi, lorsque ce matin, l'abbé m'a mis au courant de la terrible nouvelle que tu lui annonces par ta lettre 2 du 31/3 (la 1e n'ai pas encore avivée) étais-je un peu préparé bien que cependant ne voulant pas croire à une disparition si rapide. Tu comprendras facilement combien grand est mon chagrin, surtout loin de toi parce que je ne peux te consoler par mes preuves d'affection ; mais ne t'inquiètes pas de moi, ce qui me tranquillise le plus c'est d'avoir lu ta lettre à l'abbé, car j'ai vu là une preuve de tes sentiments si dévoués et constaté que tu résistais bien à ton chagrin. La messe de ce matin a été dite à l'intention de ce pauvre petit père que nous pleurons tous. Je t'embrasse bien des fois ainsi que Claire et Alfred.
- Les Robinsons
de la Bavière. (ingoldstadt - fort IX) Chapitre V.
" Question de salut.
"
D'après les ordres, le salut était dû aux
officiers allemands remplissant une fonction dans un camp par
tous les officiers de ce camp, quel que soit leur grade. Toute
infraction à ce réglement entraînait un passage
en conseil de guerre, exemple cet acte
d'accusation . à la suite duquel se trouve le
récit version française.
- Lettre N°
159 du 16 avril 1917 : C'est
hier matin que notre aumônier m'a fait part de la terrible
nouvelle de la perte de mon pauvre petit père. Tu sais
combien je l'aimais et tu comprendras facilement combien est gros
mon chagrin de le voir nous quitter si vite, en ces pénibles
et dures circonstances, sans qu'il m'ait été donné
de le revoir. Bien que tes précédentes lettres m'aient
déjà laissé entrevoir une gravité
que je ne me dissimulais pas de la maladie, je ne supposais pas
cependant qu'un dénouement fatal arrivât si vite
et à l'heure actuelle j'en suis encore à me demander
si je ne suis pas le jouet d'une hallucination. Je ne puis me
résoudre à croire à cette réalité
que je ne vais plus retrouver un père chéri en rentrant
à la maison, comme j'en avais l'habitude à chacun
de mes retours. Rien ne pouvais me faire prévoir un tel
vide et si , bien souvent en voyant cette captivité s'éterniser,
je m'étais laissé aller à penser tristement
à vous tous, redoutant toujours une maladie quelconque,
je n'avais cependant jamais voulu croire que j'arriverai trop
tard pour embraser l'un des miens. Mais je dois dire que j'étais
déjà inquiet depuis un certain temps ; c'est lorsque
j'ai vu que vous passiez l'hiver à l'île d'Yeu, et
je me demandais ce qu'il pouvait y avoir d'anormal qui puisse
faire changer vos plans. Puis dernièrement lorsque vous
ne parliez même plus du voyage de Claire, j'ai commencé
à comprendre. Aussi ta lettre du 15/3 N° 242 ne m'a-t-elle
plus laisser de doute et depuis le jour où je l'ai reçue
je n'ai plus vécu que dans l'inquiétude attendant
avec impatience des lettres qui par leur rareté, diminuaient
mon espoir. Ta lettre 244 du 21-3 m'avait un peu calmé
lorsque le 13-4 je reçu ton 245 du 25-3 ainsi qu'une de
Marie du 26-3, puis enfin ce matin la chute définitive
de toutes mes espérances. Dans cette pénible épreuve,
j'ai eu plusieurs consolations, d'abord la lecture que j'ai faite,
après que l'abbé m'eût informé, de
la lettre que tu m'a écrite. Il m'a été aussi
donné de constater que tu a su résister au chagrin
et à l'abattement avec l'énergie qui te caractérise
; j'ai été bien sensible à la délicatesse
que tu a apportée à me communiquer une si pénible
nouvelle en passant par l'intermédiaire de nôtre
aumônier et tu y a même trouvé la force, dans
ce petit mot, de conseiller une préparation salutaire en
conseillant de s'en remettre à la volonté divine.
Sache que l'abbé et moi nous t'avons très bien comprise,
et c'est dans la conviction de mes sentiments chrétiens
que je puise une de mes consolations. Puis j'ai été
entouré de la sympathie attristée de mes camarades.
Tu verras donc par tout cela que j'ai su me résigner à
accepter une nouvelle si terrible en soi et j'ai tenu à
t'en faire part de suite afin que tu ne t'inquiètes pas
à mon sujet. Je prendrai mon mal en patience et je saurai
attendre le moment de te revoir pour évoquer nos chers
souvenirs. J'aurais voulu être près de toi pour te
consoler et assister aux derniers moments, en toute autre circonstances
j'eus eu le temps de revenir, mais il a sans doute plu à
Dieu que si l'un s'en va l'autre te fut conservé et notre
séparation actuelle est peut être le début
de cette compensation. Aussi est-ce là encore un de ces
faits que nous devons accepter avec résignation, et il
arrivera bien un jour, si éloigné soit-il, où
je pourrai te serrer dans mes bras. Tu as été, et
tu es encore entourée de personnes dévouées
qui te soulageront et t'aideront à supporter ta peine.
Mais surtout, je te recommande de ne pas te tourmenter ni te fatiguer,
repose toi sur Claire qui maintenant n'est plus une petite fille
et qui par l'expérience de la vie, acquise au cours de
si dures épreuves, sera ton plus fidèle soutien
; en nous attendant vous vivrez ensemble de souvenirs communs
que vous entretiendrez fidèlement afin, au moment de mon
retour, de pouvoir me les transmettre ; par sa jeunesse elle saura
encore trouver quelques sourires pour amoindrir tes peines et
le temps aidant, tu verra autour de toi une vie nouvelle qui bien
qu'emprunte de la tristesse résultant de la disparition
de notre cher petit père, n'en n'aura pas moins pour base
les solides traditions familiales qu'il a su t'inspirer ainsi
qu'à ses dévoués enfants. J'attends maintenant
avec grande impatience des nouvelles détaillées
sur tout ce qui s'est passé ; combien de temps la maladie
a-t-elle duré ? s'est-il vu partir ? Qu'a-t-il dit ? Enfin
tu dois savoir tout ce que je désire apprendre à
ce sujet et j'attends de très longues lettres de toi, de
Claire et d'Alfred. Te dirai-je que, dans la nuit du 31 mars au
1er avril, j'ai eu un songe affreux, je voyais petit père
dans un fauteuil devant la fenêtre du salon ; il était
calme, ne souffrait pas, Claire et toi étiez près
de lui attentionnées lorsque soudain, il se pencha un peu
en arrière, vous serra les mains et s'endormit pour la
dernière fois ; vous vous précipitiez à genoux
et constatiez que tout était fini paisiblement ; détail
étrange, je remarquai qu'il avait une plaie derrière
l'oreille droite, puis je me réveillais, mais avais dès
lors perdu tout espoir ! J'espère que cette lettre partira
sans délai, j'en ai fait la demande.
Louis Salmon au fort IX en septembre 1917.
- Lettre N°
8 du 2 mai 1917 :
À son ami Mr. Terra .
Vous aurez depuis ma dernière lettre, appris le terrible malheur qui vient de me frapper dans mes affections les plus chères et vous comprendrez facilement la peine que je ressens, en ces circonstances, si loin de tous, de la disparition de mon pauvre père. Comme vous êtes l'un de ceux qui l'aviez encore vu lors de son dernier voyage à Paris (vous m'en aviez parlé) je vous prie de garder aussi fidèlement que possible, en votre mémoire, le souvenir de votre dernier entretien. Et lorsque nous nous retrouverons, nous pourrons alors en causer. La première fois qu'il fut donné à mon père de faire votre connaissance, il m'avait dit combien il était heureux que j'ai placé ma confiance en vous et il m'assurait de la fidélité de votre amitié. Vous êtes donc mieux placé que quiconque pour évoquer avec moi des souvenirs qui me sont chers. J'ai appris par ma mère la part que le personnel (E- O-B) avait pris à notre deuil, et je vous prie d'être mon interprète auprès des collègues et aussi pour leur présenter mes remerciements bien sincères.
À la lecture de ces lettres, ont voit que la famille était très unie et que le père comptait beaucoup pour tous. Il était très aimé de sa femme, de ses enfants, de Marie et sa famille et de tous ses amis. Il était aussi très bien considéré par la direction et les collègues des EOB.
1e tentative d'évasion)
: J'ai participé à la construction d'un souterrain
qui fut découvert après deux mois de travaux.
2e tentative d'évasion) : Me faisant conduire à
l'hôpital pour y consulter un spécialiste, je réussis
à sortir de la salle où j'étais gardé.
Je suis repris presque aussitôt dans les couloirs. La sentinelle
ne signalera pas le cas au commandant du camp.
Jusqu'au 12 septembre 1917
rien de spécial dans les lettres reçues ou envoyées
sauf les difficultés à faire parvenir par l'intermédiaire
de l'ambassade d'Espagne la procuration demandée pour la
succession de son père.
- Lettre N°
191 du 12 novembre 1917: annonce
de son transfert au camp de Würzburg en Bavière.
Mon voyage a été de courte durée; nous étions
3, avons quitté Ingolstadt le 24 septembre à 11
heures du matin et sommes arrivés vers 9 heures le soir.
Je suis moins mal ici qu'au fort 9 au point de vue matériel,
car nous ne sommes plus dans des casemates humides
; mais il y a d'autres inconvénients que je ne puis te
citer, c'est comme en toutes choses, le pour
et le contre. Nous sommes seulement 80, moitié russes,
moitié français.
À partir de cette date, les lettres de Louis sont rares . La lettre suivantes en laisse sous entendre la raison, c'est dû au séjours en prison à la suite des tentatives d'évasions successives.
3e tentative d'évasion) : À Würzbourg, le 14 février 1918.
- Lettre du 5 mars 1918 : auCdt Petit. J'ai voulu aller vous rejoindre et, le mois passé, je me suis évadé; malheureusement, mes gardiens ont été plus malins que moi et j'ai été repris à 10 kilomètres de la ville, pas de chance ! Malgré tout, santé et moral comme vous les connaissez.
- Lettre N° 209 du 22 avril 1918 : à petite mère: Tu as raison de ne jamais t'étonner du retard de mes correspondances, car je n'en suis pas responsable. Mais lorsque tu seras par trop longtemps sans nouvelles tu peux en faire demander par la croix rouge ou l'embassade. Puisque tu as mon 205, tu auras compris pourquoi tu as été sans mes nouvelles et tu auras lu les détails par ma lettre à Terra que contenait mon 206. À la suite de mon évasion (la 3e) j'ai été mis en prison le 14 février et en suis sorti le 20 avril. Je ne puis naturellement te donner aucun détail sur mon expédition, tout c'est très bien passé. J'étais parti avec un commandant ( Catroux). Ce qui est cause de notre échec, c'est que le train que nous comptions prendre ici a été supprimé quelques jours à peine avant notre entreprise. Le train suivant étant beaucoup plus tard, il eût été imprudent de revenir à la gare où, certainement, le service de surveillance prévenu dans l'entretemps nous eût cueillis. Nous partîmes donc à pied pour le prendre en route, mais au deuxième village à traverser, nous avons été arrêtés par la gendarmerie. Je ne puis rien te dire sur la première partie de l'expédition, c'est à dire sur la sortie elle-même, ni sur les préparatifs, ni sur les traitements infligés après la reprise. Qu'il te suffise de savoir que j'ai supporté cette nouvelle épreuve avec toute la résignation nécessaire ; ma santé ni mon moral surtout n'en n'ont pas souffert du tout et j'espère bien que la prochaine fois j'aurai la chance d'arriver jusqu'au bout. Je vais probablement être réintégré au fort 9 où sont réunis tous les repris d'évasions, mais tant que tu n'auras rien de précis à ce sujet continue à m'écrire ici.
4e tentative d'évasion) : à Würzburg, le 23 avril 1918,
- Lettre N°
213 du 1 er mai 1918 : à
petite mère : Je te confirme mon 211 du 25-4 te donnant
ma nouvelle adresse. Ai reçu tes correspondances jusqu'au
N° 21 inclus. J'ai été privé de correspondances
du 14-2 au 28-2, puis du 15-3 au 21/4. Nous traversons une nouvelle
crise de représailles depuis le 15 mars; je ne t'en donnerai
pas les détails, c'est inutile. Mais, si, en octobre et
décembre, j'ai eu des interruptions de correspondances,
ce n'était pas par représailles, mais bien à
cause du régime incompréhensible du camp de Würzbourg
où tout est encore plus mal que partout ailleurs ; on avait
là-bas l'impression d'être en représailles
constantes, et je ne peux t'expliquer toutes les mesures auxquelles
nous étions soumis. Aussi suis-je bien content d'être
revenu au fort 9 où je n'ai pas à me plaindre. En
général, on interne au fort 9 des repris d'évasion
; aussi l'esprit est-il excellent. J'ai retrouvé de nombreux
camarades ainsi que des anciens que j'avais connu à Friedberg.
Ici, en moyenne, les prisonniers sont beaucoup plus jeunes qu'à
Würzbourg, donc beaucoup moins sujet au cafard. Là-bas,
le camp était très petit ; nous étions les
uns sur les autres ; avions comme promenade une terrasse de 130
mètres de long sur 3 mètres de large
; le régime était insupportable, et je m'y suis
déplu dès le premier jour. Suis resté là-bas
exactement 7 mois pendant lesquels j'ai passé 106 jours
en prison à un régime dont je ne te parlerai pas.
Pour mon évasion, j'ai eu 8 jours d'arrêts, plus
un "supplément" de 52 jours, plus 8 jours de
prévention. 3 jours avant d'avoir fini, j'ai été
relâché sous prétexte qu'un accord était
intervenu entre les gouvernements. Or ce qui est curieux, c'est
qu'ici, pour évasion, on n'a que 6 jours plus 12. Il parait
donc que cela varie selon les camps. Le 14 février, au
cours d'une sortie en ville pour aller chez le dentiste j'ai disparu
subitement avec un ami, un chef de bataillon (répétition
de la lettre 209). J'ai supporté tout très bien
et ne suis pas fatigué par ma détention.
- Lettre N° 215 du 5 mai 1918 ; à petite mère. L'autorité des camps de prisonniers met aimablement une lettre supplémentaire à notre disposition pour vous faire part du régime de représailles qui nous est imposé en ce moment. Depuis quelque temps, nous sommes absolument entassés dans les chambres, les jeux sont supprimés, l'emplacement des promenades limité, la distribution des biscuits reçus de France supprimée, les punitions triplées ou augmentées d'un nombre de jours illimités, comme par exemple, dans mon cas, où j'ai eu 8 jours d'arrêts plus 52 jours. Les punis n'ont droit qu'à la nourriture officielle et les journaux, le tabac, les douches, la lumière, le service religieux leur sont interdits. Comme dernière trouvaille, on nous annonce que l'on va nous prendre nos souliers ! Heureusement que l'été approche aussi n'aurons-nous pas à craindre les rigueurs de la température si par hasard, nous finissions en vertu de ces procédés par être obligés de nous promener dans le costume d'Adam. Tout ceci est fort drôle et nous amuse certainement beaucoup. Nous emporterons de la captivité un souvenir inoubliable et regretterons longtemps la bienveillante délicatesse de nos gardiens. On nous dit que toutes ces mesures sont prises à titre de représailles. Il faut donc en déduire que le même régime est imposé en France, et je me réjouirai si vous pouviez m'affirmer que les allemands sont chez nous aussi mal que nous. Nous sommes tout disposés à subir tous les avantages de notre situation à la condition que ces messieurs en pension en France soient l'objet de la même sollicitude. Ces mesures ayant toujours pour but l'amélioration du sort du prisonnier de guerre, il serait regrettable que les allemands chez nous en soient exclus
- Lettre N° 221 du 31 mai 1918 : à petite mère: Auguste Guillaume est un camarade que j'ai connu à Szczuczyn ; s'il m'a écrit c'est qu'il a crû que j'étais rentré en France; le bruit s'est en effet répandu dans plusieurs camps que j'avais réussi à rentrer. Tu pourras lui envoyer un mot de ma part en lui faisant mes amitiés et lui disant que malheureusement je suis toujours prisonnier à Wülzburg où se trouvent encore une dizaine d'amis qui étaient avec nous à Szczuczyn
- Lettre N° 22 du 31 mai 1918 ; à Terra, J'ai quitté Würzburg le 24 avril pour le fort 9 à Ingolstadt; le 13 mai je fus transféré au fort 8 que j'ai quitté le 17 mai pour venir ici où se trouvent maintenant réunis tous les camarades du fort 9. Nous sommes dans un espèce de vieux manoir à 630 mètres environ d'altitude.
A près cette lettre, il n'y a plus de double des missives envoyées à la famille. Sans doute, Louis est-il en prison en attendant de passer devant le conseil de guerre, il n'a pas ce qu'il a habituellement pour faire sa correspondance, et de plus il lui est interdit d'écrire. Il reçoit cependant des lettres qui ont été conservées,dans lesquelles rien de particulier en dehors des problèmes de ravitaillement.
5e tentative d'évasion) : En juillet 1918 , conduit au conseil de guerre à Ingolstadt, avec le commandant Catroux, il réussit à s'éloigner des sentinelles pendant la traversée de la gare, mais il est rattrapé avant d'en sortir. La sentinelle n'a rien signalé à ses chefs.
6e tentative d'évasion) : Le 18 septembre 1918. Les évasions
Photo d'un groupe d'officiers français datée d'octobre 1918, trouvée dans la correspondance.
7e et ultime tentative d'évasion) : Le 30 octobre 1918 .
Depuis la signature de l'armistice, les officiers français ont vécu, paraît-il, des heures qui les ont payé de toutes leurs épreuves, ils sont devenus les maîtres du camp ; le vieux commandt Boche du camp ayant subitement disparu avec son état major, c'est le Cdt. Catroux qui a pris la direction de la "Kommandantur" et tout marche admirablement. D'autre part, il se chargera de rapatrier les affaires personnelles de mon père, dont le courrier qui m'a permis d'élaborer ce témoignge.
D'apès la lettre écrite, le 21 novembre 1918
à mon père, par H. Hériot.
On sait d'autre part que le Capitaine de Gaulle qui faisait partie
de ce groupe de prisonniers a pris sur lui de rentrer par ses
propres moyens.